Foul Rain

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Foul Rain | Paul van der Eerden
Foul Rain | Paul van der Eerden
   

Paul van der Erden, né à Rotterdam en 1954, travaille principalement, depuis la fin des années 80, le dessin, au stylo à bille, au crayon noir ou de couleur, souvent par séries. Cet engouement pour le dessin et l’expérimentation de différents matériaux et techniques est lié pour partie à son passage à l’Académie des beaux-arts de Rotterdam qu’il a fréquenté dans le cadre des cours du soir.

Les dessins polymorphes de Paul van der Eerden crayonnés sur des feuilles ou des bouts de papier disparates et de petite taille, trouvent leur origine dans la vie quotidienne : solitude, détresse, peur, violence et « lutte des sexes » sont des thèmes que Paul van der Eerden explore dans son travail. Du dessin, matériau ou expression, il utilise toutes les possibilités, points, lignes, croix, répétition de motifs, superposition, vide. Si de ses dessins se dégage une impression de familiarité, de spontanéité, il joue en réalité de façon complexe avec ce qu’il trouve dans la rue, de registres aussi variés que, l’art tribal dit “premier”, la BD, la création spontanée, le graffiti, dont il pousse les limites esthétiques habituelles : il ancre sa pratique dans une “culture” et des références tout en se dégageant d’un système de production d’images qu’il considère comme esthétiques.

Bien que Paul van der Eerden se positionne en dehors de la scène artistique qu’il juge trop académique, son oeuvre, très présente dans les musées néerlandais de Rotterdam et d’Utrecht, conserve néanmoins la confidentialité du dessin. Ses dessins ont été exposés dans des centres et galeries d’art contemporain : en France, le Domaine de Kerguehennec, la Galerie Bernard Jordan, et très récemment à la Maison d’art contemporain Chailloux - MACC de Fresnes.

Paul van der Eerden est à l’origine de nombreuses expositions dont il assure le commissariat : après celle organisée cet automne à la Maison Descartes, Institut français d’Amsterdam aux Pays-Bas, l’exposition Hommage ouvrira ses portes en mai 2010 à l’Institut néerlandais de Paris.

Une publication monographique Poudre aux Moineaux (Dust for Sparrows) sera coéditée par l’Esads/La Chaufferie, la galerie Bernard Jordan et les Éditions Buchet-Chastel dans la collection Les Cahiers dessinés (parution en octobre 2009 : signature de l’ouvrage par l’artiste à l’occasion du finissage de l’exposition). Textes de Guillaume Dégé et de Frédéric Pajak.

Paul van der Eerden est représenté par la Galerie Bernard Jordan, Paris et Zurich.

 

Miroir et alouettes
« Car, tant que je n’aurai pas plus sûrement appris à démêler l’accidentel du nécessaire, qu’exigerai-je de ma plume, sinon exactitude et rigueur ? »
André Gide, Les Caves du Vatican

À chaque dessin suffit son dessein. Tout se passe comme si Paul van der Eerden n’était pas allé à l’école : une écriture qui s’établit hors des fourches académiques. Le travail concentré vient absorber la feuille, parfois la couvrir entièrement. Les formats disparates et petits, la couleur du support, la nature des papiers, des outils, donnent au dessin un caractère d’évidence, mais peu sérieux.

Considérons aussi cette culture non historicisante, qui affleure.

L’artiste embrasse avec la plus incroyable gourmandise le dessin ancien, l’art brut, et l’art africain, dévalisant d’emblée ces appellations réductrices, pour en faire un élément de son propre cheminement. Cette intelligence de la culture, qui est aussi un retour de la durée ou de l’espace, donne ses matériaux à l’intime, offre des manières d’entrer dans l’oeuvre. […]

Ainsi des voies empruntées par Paul van der Eerden, qui ne sont que très exactement ce qu’il veut que le dessin soit. C’est-à-dire non pas un style, un enracinement, mais une preuve, la marque de moments bien précis, qui, agglutinés les uns aux autres, trouvent une place dans l’espace d’une exposition, ou dans un livre. Le hasard d’une envie, ou d’une nécessité, fait le système du processus. […] Son univers n’est pas clos, il n’est pas dans la répétition maniaque d’un habitus créatif. On pourrait même penser à un esquimau et son harpon, sondant la banquise, posant ses pièges à la recherche de ce qui fera sa nourriture, l’art de faire mouche. […]

C’est d’une philosophie, face à la diversité subsumée dans cette création, qu’il faudrait parler. […] Pas grand-chose à l’origine : quelques crayons, des bouts de papiers mal assortis. L’art de ce qui traîne : un visage, une chatte, quelques mots, une feuille à recouvrir. Poser un dessin, c’est-à-dire autoriser sa main à laisser quelques traces sur une feuille, est à peine plus contraignant que parler ou marcher. On remarque cependant que ce geste sans envergure est d’une grande rareté. […]

En croisant les divers registres qu’il s’est inventés, Paul van der Eerden, polyglotte de luimême, bricole une cosmogonie portative dont les césures, les blancs, sont aussi éloquents que les parties habitées. La balance continue entre ce qui est rempli et ce qui ne l’est pas, amène une architecture de contre-formes, respirations inévitables de la parole. Le dessin est dedans la page, scellant le regard du spectateur et le temps de l’artiste, laissant à découvert tout ce qu’il tait.

Guillaume Dégé, extrait du texte à paraître dans la monographie Poudre aux moineaux, collection Les Cahiers dessinés